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TRAJECTOIRES : poèmes et musique

«La musique nous enveloppe et nous pénètre car elle est vaste et infinie comme la mer. Tout ce qu’elle déverse en nous….»

Jankélévitch

 

Première trajectoire

Les caprices de Paganini

Il me revient ce tableau de Delacroix, un portrait de Paganini. Une forme inachevée revenant des ténèbres pour mieux y retourner. Ténèbres infernales où se rencontrent peintre et musicien, peinture et musique.

profond noir

l’espace se tue

le temps se pourfend

venir, marcher

traverser une porte

un mur peut-être

crier dans un infinitif

disloqué effrité

jauni sans doute

un territoire crevassé

comme le ciel

dans ma main

en travers mes doigts

FEU

Deuxième trajectoire

Stabat Mater

debout douleur

Mère

debout

dans les tombes de Saint-Denis

des trous de ténèbres

fantomatique certes

la poussière

dans le ventre des pierres

tout au fond des tombes de Saint-Denis

giclent

les encres du désespoir

elle va

gisant et deuillant

errant

dans la lumière des tombes de Saint-Denis

Les passions de Bach

il y a des visages il y a des fragments

des chaos encadrent ces visages ces fragments

des cloîtres des ruines

des fenêtres obscures s’ouvrent se ferment

des lumières

glissantes

agissantes

des gouffres et des fugues

Le violon de Vivaldi

«L’impétuosité rythmique, l’éclat et la sensualité sonores sont les qualités de toute musique vécue plus que pensée, singulièrement de cet art vivaldien libre et sensuel, s’harmonisant si bien à l’érotisme latent qui flottait à la Pietà.»

                                                                                                                      Roland de Candé

Surgi. Dur. Dressé. Énorme. Solitaire. Blanc. Forniquant. Crier. Désespoir. Te voir. Attache-moi. Bande-moi les yeux. Des vagues. Mourir. Mourir de toi. Toi, bleu, noir, mauve. Crier. De noir, de bleu, de mauve. Crier. Tout. Dans ma bouche ouverte. Ta peau. Ma langue dans ta peau. Attacher. Détacher. Toi. Crier. Ouvrir. Ne pas finir.

dans une chambre voûtée

à Rome

tu es là

je m’endors

il y a des nuages

des nuages

qui vont et viennent

n’importe où

l’orage n’aura pas lieu

On dit que Tartini, à cause d’une affaire de moeurs et pour ne pas être reconnu, jouait du violon caché derrière un rideau……..

lieux de foudre

récits de voyage

de chaleur

traces de fumée

le volcan

lèche la peau du ciel

des voix se retirent

l’éternité acéphale

entre le feu

et

le sommeil

Troisième trajectoire

Venus du froid, des litanies, des psaumes et des cantiques…… Pärt et Purcell en écho

INDLANDSIS

surgi et solitaire

froid

un

inébranlable

«Quelle puissance es-tu, toi, qui, du tréfonds m’a fait lever à regret et lentement du lit des neiges éternelles?» *

Quand nous serons exhumés, nous étendrons nos bras, des portes s’ouvriront sur l’air noirci. Nos corps inclinés se soulèveront, se détacheront de la nuit broyant nos mains. Une sorte de cri, une voix nous emportera vers d’étranges grillages de glace : «Laisse-moi, laisse-moi geler à nouveau jusqu’à mourir de froid.» *

Une porte trop étroite, des architectures muettes, d’aveugles fenêtres traceront vaguement une ligne d’ombre et d’orage.

cri mauve

debout de gris d’orangé

l’absence c’est-à-dire

vous

silence

encre

blanche

déchirante

*     Purcell : «Air du froid»,  King Arthur, Acte III, scène 2.