Aller au contenu

Qui me lira? Personne.

22 février 2018
par monique.st-germain

Qui me lira? Personne. Qui lit ou lira ce que je publie? Personne.

Au Québec autant qu’ailleurs, plus personne ne lit de la poésie, plus personne ne lit des analyses d’oeuvres d’art ou des analyses de textes littéraires. Qui s’intéresse à l’histoire de l’art? À la théorie littéraire? Personne. Un peuple qui a évacué l’art, la poésie et la littérature est un peuple ignorant et vide. Les éditeurs ont démissionné : l’écriture doit être une marchandise qui se vend, qui donne du profit. On donne la préférence à tous ces petits romans pâlots à saveur «psy» ou «socio»; à tous ces livres de «témoignage», de «vécu» qui ne servent au fond à leur auteur qu’à régler des comptes ou qu’à s’auto-justifier. Mais surtout, surtout, on publie tant et tant de livres de recettes (recettes de cuisine mêlées aux recettes du bonheur), des guides d’auto, des guides de vie, des livres, des tonnes de livres faciles à lire, faciles à comprendre et…vite oubliés…

On a évacué la réflexion, la difficulté, l’intelligence, le sens de l’analyse. On a évacué ce qui s’appelle la PENSÉE.  Comme Thalès de Milet l’a dit il y a bien longtemps, la pensée s’élance, partout, à travers le monde : elle s’envole bien au-delà du quotidien, du petit quotidien québécois fait de bruits, d’apparences, de complaisance, de publicité, de faits divers, de bavardages, de clavardages, de politiquement correct, d’indifférence qui sont autant de synonymes du mot «peur».

Où sont les vrais  écrivains ? Ils sont morts. Ceux qui sont vivants se cachent, censurés et refusés des éditeurs, dédaignés des «écrivailleurs-vedettes», méconnus d’un public ignare.

Heureusement qu’il reste Montaigne pour se consoler : «Et quand bien même personne ne me lira, ai-je perdu mon temps à m’être entretenu pendant tant d’heures de pensées si utiles et si agréables?»

Heureusement, parfois, une lueur d’espoir surgit de temps à autre : une entrevue avec Robert Lévesque et Maxime Catellier dans Le Devoir du 17 février 2018 : «Comment prendre la parole dans une société qui a le dégoût du sens? Quels sont les lieux où peut s’exercer aujourd’hui une parole critique qui puisse être entendue dans le vacarme général (…) ? demande Maxime Catellier. Et il ajoute : «La littérature ce n’est pas un mode d’emploi, c’est une aventure. Tous les écrivains naviguent entre lisibilité et illisibilité.» Voilà la liberté de l’écriture, de la pensée, de l’intelligence.

Mais je reviens à ma question : Qui me lira? Personne.

Laisser une réponse

Nota : Vous pouvez utiliser du HTML dans vos commentaires. Votre adresse email ne sera pas publiée.

Suivre ces commentaires par l'intermédiaire du flux RSS